DPP : le registre européen est ouvert, l’échéance des batteries révèle le vrai chantier des données produit
- Le registre européen des Digital Product Passports est opérationnel depuis le 20 juillet 2026 ; le règlement d’exécution (UE) 2026/1778 en encadre le fonctionnement depuis le 6 août 2026.
- La première échéance obligatoire concerne les batteries : à partir du 18 février 2027, les batteries de véhicules électriques, de transport léger et industrielles de plus de 2 kWh devront disposer d’un passeport numérique.
- Le registre n’héberge pas les données produit elles-mêmes : il enregistre une preuve d’existence du passeport, dont la donnée reste gérée par l’entreprise responsable.
- Le principal chantier pour les entreprises n’est pas l’identifiant (QR code, RFID) mais la fiabilité, la structuration et la mise à jour des données sources.
- Cinq questions permettent d’évaluer rapidement la maturité de vos données produit face au DPP.
- Pour la définition complète du DPP, la réglementation ESPR et le calendrier sectoriel détaillé, consultez notre guide complet du Digital Product Passport.
Ce que change concrètement l’ouverture du registre
Le registre européen n’est pas une base de données géante qui centraliserait les informations de tous les produits vendus dans l’Union. Sa fonction est plus restreinte : il permet à un opérateur économique vérifié d’enregistrer la preuve qu’un passeport existe pour un produit donné, à un niveau défini par la réglementation applicable (modèle, lot ou article selon les cas). Les données détaillées, elles, restent gérées par l’entreprise responsable du produit, tandis que le registre référence les identifiants uniques et les métadonnées associées.
Six normes techniques encadrant notamment les identifiants uniques, les supports de données, les API et l’interopérabilité des systèmes ont par ailleurs déjà été publiées. Autrement dit, l’infrastructure technique du DPP n’est plus un point d’incertitude : l’écart à combler pour la plupart des entreprises n’est plus réglementaire, il est organisationnel et porte sur la donnée elle-même.
La fenêtre entre l’ouverture du registre et la première échéance sectorielle est déjà entamée.
Cette architecture décentralisée a une conséquence directe pour vous : l’enjeu n’est pas de transmettre un fichier à Bruxelles une fois pour toutes, mais de maintenir dans la durée une donnée produit fiable, accessible et interopérable, capable d’être exposée quand la réglementation l’exige.
Le guide complet du Digital Product PassportDéfinition du DPP, réglementation ESPR et calendrier sectoriel détaillé : consultez notre guide dédié.
DPP 2027 : les batteries, premier test grandeur nature
Les entreprises concernées par les batteries sont les premières à devoir répondre concrètement à cette exigence, dès février 2027. Ce cas est révélateur, car il expose immédiatement la complexité réelle de la donnée nécessaire : identité du produit, composition chimique, empreinte carbone, contenu recyclé, performance, état de santé, instructions de démontage et de recyclage. Ces informations ne sont d’ailleurs pas toutes destinées aux mêmes publics : certaines sont accessibles à tout consommateur, d’autres réservées aux autorités de contrôle ou à des acteurs justifiant d’un intérêt légitime, comme les recycleurs. Une partie de ces informations ne provient par ailleurs pas de l’entreprise qui met le produit sur le marché, mais de ses fournisseurs et sous-traitants.
Ce que révèle le passeport batterie préfigure une question que d’autres secteurs devront se poser à mesure que de nouvelles catégories entreront dans le calendrier ESPR (textile, électronique, mobilier, aluminium, pneumatiques, matelas notamment) :
Le vrai obstacle n’est pas le QR code
Un identifiant numérique n’est qu’une porte d’entrée. Il ne sait pas si une donnée est correcte, si une certification fournisseur vient d’expirer, ni laquelle de deux versions contradictoires d’une même information faire foi. Produire un passeport fiable suppose que la donnée ait traversé un cycle complet :
C’est à ce stade que le sujet rencontre directement les enjeux du PIM et du MDM. Dans la plupart des entreprises, une partie des informations nécessaires existe déjà, mais rarement au même endroit : les caractéristiques commerciales dans le PIM, les nomenclatures et composants dans le PLM, les certificats dans le DAM, les données de composition chez le fournisseur, certaines informations complémentaires dans un tableur. Le problème n’est donc pas toujours de partir de zéro. Il est de savoir quelle application détient la donnée de référence, qui en est responsable, et comment la relier aux produits qui en dépendent.
5 questions pour évaluer la maturité de vos données produit
Savez-vous, pour une référence donnée, quelles données du futur passeport vous possédez déjà, et lesquelles manquent ?Sans cette cartographie, il est difficile d’évaluer l’ampleur réelle du chantier.
Pouvez-vous identifier, pour chaque donnée, sa source de référence ?Une même information peut exister sous plusieurs versions dans plusieurs systèmes. La question n’est pas seulement de savoir si vous disposez d’une donnée, mais laquelle fait foi.
Pouvez-vous relier vos produits à leurs composants, matières et fournisseurs ?Un produit n’est plus seulement une fiche isolée : il est relié à d’autres objets de données, et ces relations deviennent la structure même de la traçabilité.
Vos fournisseurs peuvent-ils contribuer à la donnée dont vous ne disposez pas directement ?Composition, origine des matières, certifications : une partie de l’information nécessaire appartient à votre écosystème, pas à votre seul système d’information.
Pouvez-vous mettre à jour ces informations dans la durée, sans reprendre manuellement chaque référence ?Un fournisseur change, une certification expire, une matière est remplacée : le passeport doit suivre ces évolutions, pas rester figé à la date de création du produit.
Si plusieurs réponses restent floues, le premier chantier du DPP 2027 n’est pas la génération du passeport lui-même, mais la structuration des données qui l’alimenteront.
Sortir de la logique de fiche produit isolée
Prenons un exemple simple : une matière entre dans la composition de 2 000 références produit. Recopier ses caractéristiques dans chacune des 2 000 fiches crée une duplication qui devient ingérable dès que le certificat change, que le fournisseur évolue ou qu’une caractéristique doit être corrigée.
Recopier les caractéristiques de la matière dans les 2 000 fiches produit concernées, une par une.
Gérer la matière comme un objet de données relié aux produits et à son fournisseur, mis à jour une seule fois.
Une approche multi-référentielle traite au contraire cette matière comme un objet de données à part entière, relié aux produits concernés et à son fournisseur. La certification associée peut elle-même être gérée comme un objet distinct, relié à la matière.
PIM et MDM : orchestrer la donnée, pas la dupliquer
Une plateforme PIM ou MDM ne rend pas, à elle seule, une entreprise conforme à l’ESPR. Son rôle est de créer une couche d’orchestration entre les systèmes qui détiennent chacun une partie de l’information : l’ERP pour la gestion, le PLM pour la conception, le DAM pour les documents et médias, les fournisseurs pour les données dont ils sont responsables. L’objectif n’est pas de tout recopier au même endroit, mais de savoir quelle donnée vient d’où, comment elle se relie aux autres, et comment elle peut être exposée de façon fiable.
L’approche multi-référentielle AfineoAdministrer séparément produits, composants, matières, fournisseurs et certifications tout en conservant les relations qui les unissent : pour construire une donnée produit gouvernée, plutôt qu’un nouveau silo dédié au seul DPP.
Par où commencer
Plutôt que de lancer d’emblée un programme DPP complet, l’exercice le plus utile consiste à prendre un produit représentatif de votre catalogue et à tenter de reconstituer son histoire : quelles matières le composent, quels fournisseurs interviennent, quelles certifications lui sont associées, où se trouvent les documents correspondants, qui détient chaque information, et si l’une d’entre elles change demain, savez-vous immédiatement quelles autres références seront concernées.
Cet exercice révèle rapidement la maturité réelle de votre organisation face au DPP. S’il nécessite aujourd’hui plusieurs logiciels, des fichiers Excel et un appel au fournisseur, le sujet prioritaire n’est pas encore l’identifiant à apposer sur le produit.
Vous voulez savoir où en sont vos données produit face au DPP ?
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Armelle Allegret
Co-fondatrice d’Afineo, 25 ans d’expertise marketing au service des entreprises pour transformer leur gestion de l'information produit (PIM, DAM, MDM) en avantage concurrentiel.
Son obsession : des contenus produits clairs, fiables et efficaces.
